0
770

COP 22 : Le temps de l’action. Vraiment ?

Pour répondre à l’urgence du réchauffement climatique, 196 états se sont réunis à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016 pour la 22e Conférence sur le climat, la COP 22. Annoncée comme la « COP de l’Action », et censée accélérer la mise en œuvre de l’accord de Paris, a-t-elle tenu ses promesses ?

Une COP, c’est quoi ?

COP est l’acronyme anglais de « Conference Of the Parties » (ou Conférence des parties en français). Ces conférences s’inscrivent dans la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC ou UNFCCC en anglais) qui met en place un cadre global de l'effort intergouvernemental pour faire face au défi posé par les  changements climatiques. Elle reconnaît en particulier que le système climatique est une ressource partagée dont la stabilité peut être affectée par les émissions industrielles de CO2 ainsi que les autres gaz à effet de serre. Selon cette Convention, les gouvernements:

  1. - rassemblent et diffusent les informations sur les gaz à effet de serre, sur les différentes politiques nationales et sur les meilleures mises en pratiques;
  2.  
  3. - mettent en oeuvre les stratégies nationales pour faire face aux émissions de gaz à effet de serre et s’adapter aux impacts prévus, y compris la mise à disposition de soutien financier et technologique aux pays en voie de développement;
  4.  
  5. - coopèrent pour se préparer à l’adaptation aux impacts des changements climatiques.
  6.  

Adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, le 9 mai 1992, puis entrée en vigueur le 21 mars 1994, cette convention a été ratifiée par 196 Etats (197 en comptant l’Union Européenne). La Conférence des parties constitue l’organe suprême de la convention. Elle se réunit annuellement lors d’un sommet mondial où sont prises, à l’unanimité des parties ou par consensus, des décisions pour respecter les objectifs de lutte contre le changement climatique.

L’accord de Paris

Adopté in extremis par consensus le 12 décembre 2015 lors de la dernière séance plénière de la COP21, l’accord de Paris est le premier accord climat à portée universelle. En effet, il implique les 196 états, parties prenantes des négociations, alors que le protocole de Kyoto de 1997 ne concernait que les pays industrialisés désignés comme les principaux responsables du réchauffement climatique. Entré en vigueur le 4 novembre 2016, cet accord sur le climat s’impose comme une étape diplomatique majeure contre le réchauffement. Ce succès est dû aux efforts de la présidence française de le COP 21, mais aussi à l’impulsion fournie par des acteurs majeurs comme les Etats-Unis et la Chine. Comme stipulé dans l’article 21 du texte d’accord, la double condition d’être ratifié par au moins 55 parties sur les 196 états membres de la CCNUCC représentant au total au moins un pourcentage estimé à 55% du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre a été remplie le 4 octobre 2016. L’accord de Paris vise à « renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, notamment en contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques ». Il est à noter que ce plafond de 1,5 °C reste symbolique : les projections de l’ONU et celles de nombreux scientifiques indiquent que compte tenu de la courbe actuelle des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce réchauffement serait plutôt de l’ordre de 3 °C. Dans son rapport annuel, l’agence Internationale de l’Energie (AIE) mise sur +2,7° en prenant en compte les engagements actuels des états.

COP 22 : urgence d’attendre

Avec une entrée en vigueur de l’accord de Paris le 4 novembre, qui a pris de cours la plupart des participants, de toute évidence venus les mains vides, des états systémiquement mous et gênés sur les questions environnementales et incohérents sur leurs engagements qui nécessiteraient des changements radicaux, et sur fond d’élection de Donald Trump, la COP 22 s’est terminée sans grande surprise : L’action promise est différée, mais l’honneur est sauf. Dans un document de 4 pages, il est décidé de conclure le programme de travail engagé par l’Accord de Paris « aussitôt que possible et au plus tard lors de la COP 24 organisée en Pologne en 2018 ». Un mandat est donné aux présidences de la COP 22 et 23 (assurée par Fidji, mais qui se déroulera à Bonn en Allemagne) pour « organiser des réunions informelles à partir de mai 2017 ». Une autre décision concerne le soutien des populations vulnérables à « l’adaptation » induite par le réchauffement. Seulement 20% des 100 milliards de dollars promis seront consacrés au financement de l'adaptation d'ici 2020. Une situation que dénoncent de nombreux acteurs de la société civile, comme la Fondation Nicolas Hulot. Dans son Compte rendu sur la COP 22, on peut lire : « Concrètement, aucune décision concrète pour accélérer les actions entre 2017 et 2020. En matière agricole, les décisions ont encore une fois été repoussées à l’année suivante. A l’exception des 80 millions de dollars engagés pour le Fonds d’Adaptation, les pays développés n’ont toujours pas comblé le déficit criant en matière de financements pour aider les populations à se protéger et se préparer aux impacts du changement climatique. Le rendez-vous politique fixé à la COP24 fin 2018 sera donc essentiel pour rattraper le retard pris au Maroc et dégeler les négociations: d’ici là, les pays développés vont devoir revoir leur copie ».

Si peu d’actions concrètes sont donc sorties des salles de négociations où les principaux acteurs semblent systématiquement vouloir remettre à plus tard de véritables engagements, le bilan s’avère plus positif quand on considère la multiplication des initiatives locales qui naissent ici ou là, sous l’impulsion des acteurs non gouvernementaux. C’est sur ces dernières que nous reviendrons dans la deuxième partie consacrée au bilan de la COP 22.

Cet article a été consulté 770 fois.

Environnement