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De nouveaux immeubles façon Rubik’s cube

Pour une ville durable, les bâtiments doivent avoir la capacité de s'adapter à la demande à venir. Dans cette optique, le groupe SNI propose la réalisation d’immeubles mixtes réversibles, pouvant aussi bien abriter des bureaux que des logements, dans des proportions ajustables en fonction des contextes et de l'évolution des besoins. Premier projet dans le quartier Brazza, à Bordeaux.

Les enfants grandissent, s'en vont et les parents se retrouvent avec des chambres vides. Au contraire, un jeune couple a besoin, au fil des naissances, de plus de place. C'est à ces éventualités - et bien d'autres - qu'a pensé le groupe SNI, spécialisé dans l'immobilier locatif social et intermédiaire, en mettant au point, avec l'architecte Marc Barani, son concept de bâtiment flexible. En fait, « c'est bien plus que cela », relève Didier Bellan, pilote du projet à la SNI Sud-Ouest.

Au départ, il y a eu la volonté de la ville de Bordeaux de développer des bâtiments superposant activités artisanales, parking en étage, bureaux et logements. « Ce type de mixité verticale est rare en France », constate Didier Bellan, en précisant que plus la mixité est recherchée à une échelle fine, comme celle de l’immeuble, plus flexibilité et réversibilité (autrement dit le potentiel de transformation des espaces et des usages) constituent des paramètres essentiels, car les ajustements rendus possibles permettent une meilleure maîtrise des risques. Autre fondement du projet, la mutualisation d’espaces. Elle concerne les places de parking, mais pas seulement. Les habitants qui partent travailler ailleurs libèrent leur place, qui peut être utilisée par les salariés des bureaux qu'abrite le bâtiment. Un prestataire s'occupera de la gestion du stock de créneaux de stationnement disponibles en temps réel.

La mutualisation concerne également les logements. Conçus pour être « élastiques » (agrandis ou rétrécis), ils pourront s’adapter aux besoins des occupants grâce à la possibilité de basculer des pièces entre logements. Ils sont également voulus « extensibles », donnant l'occasion de composer un espace de vie sur mesure en louant à la carte des « pièces en plus » (bureau/atelier, cellier ou chambre d'amis) pour la journée, la semaine ou plus longtemps. « Au Royaume Uni, pour enrayer la sous-occupation des grands logements du parc social, une taxe a été instaurée sur les chambres inoccupées », note Didier Bellan. Pour conjuguer meilleure réponse aux besoins et gestion optimale, le groupe SNI opte pour une autre solution, la flexibilité...

Pour cela, évidemment, il a fallu penser en amont toute la structure en concevant un procédé constructif innovant (voir interview ci-dessous) et faire en sorte, par exemple, que la position des chambres permette leur raccordement à deux appartements. « Nous organisons des côtoiements favorables » précise le chef de projet, entre types d'appartements et profils de locataires, comme un jeune couple à coté d’une famille dont les enfants sont déjà grands.

Le projet, présenté sur un stand lors du premier Forum Villes Intelligentes du Groupe Caisse des Dépôts, le 21 novembre dernier, a déjà attiré l'attention de plusieurs collectivités territoriales et aménageurs, en quête d’adaptabilité pour leur programmation urbaine.

 

Le Groupe SNI, lauréat de l'appel à projets « Architecture de la transformation »

Avec près de 350 000 logements gérés, le groupe SNI, filiale immobilière d’intérêt général de la Caisse des Dépôts, est le premier bailleur de France. La SNI Sud-Ouest est l’un des cinq lauréats de l'appel à projets « Architecture de la transformation », porté par le LabCDC et l'Union Sociale pour l'Habitat, en partenariat avec les ministères en charge du logement, de l'environnement et de l'architecture. Le projet, baptisé « Urbick’s Cube : prototype de mixité verticale évolutive », sera construit à Bordeaux dans le quartier Brazza. Le permis de construire sera déposé en 2017, la construction devrait débuter en 2018 et le bâtiment être livré fin 2019.

Interview : Marc Barani, architecte

« Je me demande toujours ce qu'on va nous reprocher dans 20 ans » Architecte éclectique, Marc Barani construit aussi bien des ponts - à Boulogne-Billancourt (2009) et Nantes (2011) - que des grands équipements - le Centre de Congrès de Nancy et le TGI d’Aix-en-Provence (projets en cours) - ou des logements (Nice Méridia, 2014). Après l’Équerre d’argent en 2008 pour la réalisation du pôle multimodal du tramway de Nice, il a reçu en 2013 le Grand Prix national de l’Architecture. Il explique son cheminement de pensée pour la conception du projet retenu dans l’appel à projets « Architecture de la transformation ».

« Quand on réfléchit aux constructions haussmanniennes, dit-il, on s'aperçoit qu'elles étaient déjà flexibles. Reste qu’aujourd’hui, les évolutions - tel l'accroissement des divorces, qui impacte directement la demande en logement - vont de plus en plus vite. Il s'agit désormais de s'adapter aux changements à venir ». Et l'architecte aborde le sujet avec une bonne dose d'humilité : « Je me demande toujours ce qu'on va nous reprocher dans 20 ans », avoue-t-il. Difficile à dire pour l'instant, mais, quoiqu'il en soit, il ne laisse rien au hasard. Ainsi, pour ce qui deviendra le bâtiment réversible du quartier Brazza à Bordeaux, il a conçu, avec Khephren, Alto et l’ENSTIB (l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois), une solution innovante : un plancher bois-béton grande portée avec innervation en fluides intégrée.

« Le bois a de nombreuses qualités, mais une construction bois a une faible inertie, favorisant l’effet 'thermos', explique-t-il. En y associant le béton, à forte inertie, on renforce le confort. » Ce n'est pas son seul secret. L'architecte qui se dit « sans religion sur les matériaux » précise que le plancher à base de poutres treillis réalisées par assemblage de planches de petite dimension permet d’utiliser du bois de moindre qualité. Mais surtout le vide dans le plancher, rendu accessible, permet la circulation des réseaux.

Cette solution astucieuse est décisive en termes de flexibilité : les étages sont libérés de tout élément porteur et gaines techniques. Ainsi, les salles de bains peuvent être implantées librement, sans la contrainte de « plomber » entre étages comme en construction standard. Enfin, si la mode est à la connectivité, l'architecte niçois privilégie une approche « low tech », moins sophistiquée mais plus facile à gérer et à adapter. « Je préfère que les maisons aient une âme plutôt qu’elles soient intelligentes », conclut-il.

Lysiane J.Baudu en partenariat avec La Tribune

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