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Et si la biologie nous aidait à penser l’innovation urbaine

Les étudiants du programme Biopolis s’inspirent des sciences du vivant pour imaginer des réponses aux défis urbains. Focus sur un partenariat franco-américain stimulant.

Dans les organismes vivants, des protéines spécifiques, fonctionnant comme de véritables “turbines” moléculaires, apportent aux cellules l’énergie dont elles ont besoin. C’est ce mécanisme biologique – dit “ATP synthase” – qui a inspiré le projet Fl’eau, conçu par des étudiants du programme Biopolis à Paris : afin d’alimenter le métro parisien en énergie durable, pourquoi ne pas exploiter la force cinétique de la Seine grâce à des turbines hydroélectriques installées sur le lit du fleuve ?

Lancé à l’été 2015, Biopolis explore les possibilités d’application des principes de la biologie à l’espace urbain. Objectif : imaginer de nouveaux modèles et solutions pour construire la ville durable et intelligente.

Collaboration transatlantique

Le programme est né d’une initiative conjointe du Centre de recherches interdisciplinaires (CRI) et de la Harvard Summer School à Paris. « Biopolis s’inscrit dans le cursus d’études à l’étranger de nos étudiants, explique Alain Viel, directeur de laboratoire et maître de conférences au département de biologie moléculaire et cellulaire à l’Université de Harvard à Boston. Le CRI a apporté, outre ses étudiants, sa riche expérience de l’interdisciplinarité et de l’innovation pédagogique. C’est lui également qui a fait le lien avec la ville de Paris. » En pratique, les étudiants américains et français ont travaillé pendant huit semaines en équipes interdisciplinaires et internationales. Leur réflexion a été nourrie par des cours – sur les sciences du vivant, l’urbanisme, l’histoire de Paris, etc. –, mais aussi par des immersions dans la ville et ses quartiers, à la rencontre de leurs habitants. Avec en perspective, la production de projets réalisables, capables d’améliorer concrètement la vie à Paris grâce l’engagement efficace de ses citoyens.

Un système vivant

Comme le rappelle François Taddéi, biologiste et directeur du CRI, « on appréhende généralement la ville avec une vision d’ingénieur. Or, elle peut et doit être regardée d’abord comme un système vivant. C’est-à-dire comme une entité complexe et en grande partie imprévisible, qui croît, évolue, interagit sans cesse et à tous les niveaux. Les biologistes ont l’habitude de penser le vivant à différentes échelles d’organisation et d’interaction – des molécules aux espèces en passant par les cellules, les tissus et les organismes. De même la ville ne peut plus être pensée aujourd’hui autrement qu’en multi-échelle, à commencer par celle de ses habitants ». Pour Alain Viel, cette assimilation de la ville à un système vivant n’est pas une métaphore mais bien la description d’une réalité. « Les infrastructures d’une ville fournissent un environnement dans lequel la vie s’auto-organise, la matière et l’énergie se transforment, l’information se transmet. Les activités et rôles des habitants, tout comme la croissance et l’organisation du système, sont régulés par des mécanismes de type biologique. Et on retrouve dans l’histoire du développement des villes des processus proches de ceux de l’évolution. » Ainsi les modélisations issues des sciences du vivant peuvent s’appliquer à une infinité de problèmes urbains.

Douze projets novateurs

La seule vraie limite de la démarche, estime Alain Viel, est celle de notre imagination. Et cette imagination, les participants au programme Biopolis n’en ont pas manqué. Dans les courts délais impartis, les étudiants ont produit douze projets touchant à quatre grands sujets.

Par exemple, sur le thème de l’engagement citoyen, l’une des propositions porte sur la création d’un « Centre pour l’engagement civique » fonctionnant sur le mode d’un système immunitaire. Le domaine du développement durable peut être illustré par un projet de système automatisé de collecte des ordures ménagères (Fast Trash) inspiré de la digestion dans le corps humain. Les étudiants se sont également intéressés à la mobilité, avec entre autres un projet de pistes cyclables dynamiques (Paris Whitout Cars) conçu sur le modèle de la circulation sanguine. D’autres initiatives sont centrées sur l’éducation, comme par exemple la mise en place d’une plateforme numérique d’échange intergénérationnel (GenEx), basée à la fois sur les principes évolutionnistes et la transmission de l’information intercellulaire.

Open source

Chacune des douze équipes a produit une courte vidéo, qui présente sa solution en regard du problème urbain auquel elle répond, ainsi qu’un plan de conception détaillé assorti d’un calendrier de mise en œuvre. S’il est encore trop tôt pour parler de réalisations concrètes, ces projets sont loin de se réduire à des exercices de style. « La ville de Paris est en train de regarder si elle peut reprendre certaines idées. Mais les projets sont partagés en open source, et avec le budget participatif, chaque citoyen peut désormais proposer ce type d’initiatives », souligne François Taddéi. Il est d’ores et déjà prévu de renouveler l’expérience à Paris l’été prochain. Tous les partenaires intéressés sont invités à s’y joindre. De l’autre côté de l’Atlantique, la ville de Boston s’intéresse également à la démarche. « Certains projets seront sans doute poursuivis en les adaptant à ce nouveau contexte urbain, précise Alain Viel. L’Université de Harvard dispose d’ailleurs d’une structure qui aide les étudiants à créer des start-up pour concrétiser leurs idées innovantes... »

En savoir plus :

Le site du programme Biopolis :  http://thebiopolis.com

Les projets des étudiants : http://thebiopolis.com/2015/06/02/student-projects/

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