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Innovation : le nouveau discours de la méthode

Lean startup, design thinking… Le 2e volet de notre entretien avec Yves Caseau s’arrête sur ces méthodes anglo-saxonnes à l’œuvre dans la transformation des entreprises.

Cet article est le 2e épisode d’une plongée au cœur de la transformation opérée par l’un des premiers groupes d’assurance et de gestion d’actifs au monde : Axa. Par-delà les signes numériques de cette transformation, Yves Caseau, Group Head of Digital d’Axa, nous éclaire sur les méthodes d’innovations et les perspectives d’organisation du travail et de l’entreprise qu’elle ouvre.

Autres épisodes :

•         Axa : bienvenue dans l’ère du “test and learn”

•         Organisation : Où va l’entreprise ? Où va le travail ?

Le Hub : Comment les nouvelles pratiques d’innovation font-elles leur chemin dans les grandes entreprises comme Axa ?

Yves Caseau : Lean startup, Design thinking, agile software, discovery-driven planning… Ces nouveaux outils et méthodes créent une nouvelle dynamique d’innovation dans les entreprises et changent la façon dont sont conçues les étapes des process d’innovation – comme l’explique bien cet article. Ces outils sont aujourd’hui connus des grandes entreprises, changeant leur regard et leurs pratiques. Cela m’a aidé lors de mon arrivée chez Axa, qui est une société peu au fait du Lean Startup (voir définition ci-dessous) mais qui se donne le temps d’apprendre, d’observer, d’écouter… Et de recruter hors de ses métiers traditionnels. Bien sûr, les résultats devront suivre !

Vous avez-dit ”Lean Start-up” ?

L’expression lean startup désigne la stratégie qu’une start-up adopte pour vérifier le plus rapidement possible si le concept et le modèle économique de son projet sont les bons. Elle vise ainsi à réduire les cycles de commercialisation des produits, à mesurer régulièrement les progrès réalisés, et à obtenir des retours de la part des utilisateurs.

Le Hub : Qu’est-ce qui aide l’adoption de nouvelles pratiques ?

Y. C. : Ces méthodes sont des pratiques et non des théories – une dimension bien reçue dans une culture pragmatique comme celle d’Axa. La crédibilité des managers qui portent ces pratiques entre également en jeu : dans mon cas, elle vient du développement des Bbox chez Bouygues Telecom. L’opérateur avait démarré l’aventure sans réelle compétence avant de proposer avec succès (et en suivant une approche Lean Startup) une offre “designed in France”.

Enfin, j’insiste sur ce point, le fait qu’Axa ait ouvert plusieurs champs d’innovation digitale donne plus de souplesse et de temps à chaque entité – la Digital Agency par exemple, ou Axa Strategic Ventures, lancé en février dernier pour investir dans des start-up innovantes. Reste que l’adoption de ces nouvelles voies d’innovation constitue un vrai changement. J’ai apporté le Lean Startup chez Axa pour deux aspects majeurs. Premièrement, c’est une méthode incrémentale “centrée produit” (par opposition à une vision projet), qui se marie bien avec des méthodes de développement agile. L’approche culturelle classique dans le domaine de l’assurance est “d’avoir tout bon du premier coup”. Or, l’état de l’art dans le digital est le résultat d’améliorations continues par itérations. Deuxièmement, le Lean startup est une approche centrée client, où une partie importante de la valeur est co-créée avec l’utilisateur (voir encadré ci-dessous).

Le Hub : Comment le rythme de la transformation est-il adapté pour les équipes SI ?

Y. C. : Nous opérons la distinction, désormais bien connue, entre “Core IT” (l’activité “traditionnelle” de l’informatique : maintenance systèmes, etc.) et “Fast IT” (les applications et nouveaux objets numériques, l’innovation ouverte, etc.), qui fonde notre stratégie. Le premier fait l’objet d’un plan de transformation au long cours ; le second utilise déjà les méthodes digitales. Des métiers changent, apparaissent, des besoins en nouveaux talents se font jour. La nécessité d’un accompagnement global enrichit notre plan mais le rend difficile, à la mesure des défis qui attendent les assureurs. Étant à moitié SI et à moitié marketing (je rends compte à Dirk Marzluf, Chief Information Officer, et à Frédéric Tardy, Directeur marketing et distribution), j’ai un rôle de coordination dans cette transformation digitale.

Le Hub : Big data, objets connectés : comment appréhendez-vous ces “révolutions” annoncées dans le secteur de l’assurance ?

Y.C. : Dans le temps long des SI, la “révolution” que vous évoquez ne sera pas rapide, un écosystème doit être bâti. Mais quelques années, à l’échelle des SI, c’est court ! Deux sujets nous occupent aujourd’hui : celui des usages et celui de la “privacy” (confidentialité, partage des données, etc.).

Côté usages, l’adoption des objets connectés n’est pas acquise. Il reste beaucoup de “test and learn” à effectuer pour que les clients ne se lassent pas et bénéficient vraiment d’objets intéressants, c’est-à-dire leur fournissant la bonne information au bon moment. La balance Withings n’est pas encore la règle mais le mouvement est profond et durable.

Quant aux données, dans le droit fil du Bon sens numérique, Axa se dit qu’il a rôle sociétal à jouer dans l’éducation à la “privacy”. Des innovations ne vont pas tarder. Dans le cas de la santé connectée, l’intérêt général est évident. La régulation sera nécessaire, mais surtout l’assentiment et le contrôle des intéressés – c’est ma conviction.



Source : Choose the Right Innovation Method at the Right Time, par Nathan Furr et Jeff Dyer (Harvard Business Review, décembre 2014). Pour accéder à l’article, cliquez ici.

D’Apple au Lean Startup : l’importance de l’attention apportée au client

« L’idée principale du Lean Startup, exprimée précédemment par Steve Jobs, est qu’on ne peut pas compter sur le client pour exprimer son besoin. C’est une rupture fondamentale avec les approches d’il y a vingt ans qui s’appuyaient sur les études clients pour faire émerger les nouveaux besoins. Pour engager le client dans un dialogue constructif, il faut le mettre en présence d’un premier produit, d’une solution “qui marche” à son problème, au “pain point” qui a été identifié (point bloquant, difficulté rencontrée). C’est pour cela que le Lean Startup s’appuie sur le concept de MVP (minimum viable product – produit minimal viable). Le “viable” signifie que même s’il est simple, le produit est fonctionnel, ce qui déclenche à la fois l’intérêt du client et l’intérêt de ses retours. L’expérience montre que les utilisateurs sont de remarquables innovateurs une fois qu’ils sont mis en situation d’utiliser un produit. Ils sont avides de partager leurs commentaires et leurs retours, de façon proportionnelle à l’intérêt du MVP, et le terme de “cocréation” n’est pas un abus de langage : on obtient, dans ce dialogue, une richesse insoupçonnée de suggestions et de connaissances. »

Source : L’Entreprise numérique et l’innovation, publié par Yves Caseau dans la revue Économie et management (n° 156, juin 2015). Pour télécharger le texte intégral, cliquez ici.

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Développement économique