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Le BIM en 5 questions

La conception 3D s’est diffusée dans tous les secteurs industriels. Dans le bâtiment, elle s’appelle “Building Information Model” (BIM). Éclairage en 5 temps.

1. Pourquoi le BIM tend-il à se généraliser?

La conception 3D, née dans le monde aéronautique à la fin des années 70, s’est diffusée dans tous les secteurs industriels. Au tournant des années 2000, elle a évolué en gestion 3D du cycle de vie des produits, prenant en compte toutes les étapes, de la conception au recyclage, en passant par l’organisation de la production et la maintenance. En s'inspirant des systèmes ayant prouvé leur efficacité dans l’automobile et l’aéronautique, elle a étendu l'utilisation de composants préfabriqués, et introduit des systèmes de livraison en juste-à-temps. Le BIM est donc à la fois un outil et une méthode basée sur la collaboration autour d’une maquette numérique, enrichie par les différents acteurs impliqués lors des différentes étapes du projet. Il offre à tous les intervenants une base de données commune évoluant en temps réel, facilitant la collaboration impliquant de multiples entreprises. Le BIM permet aussi de mieux gérer les coûts sur l'ensemble du cycle de vie, de la planification préliminaire à l'exploitation et à la maintenance, voire à la démolition.

 

2. Où en est la législation en France ?

Si en droit français, aucun texte n’est consacré spécifiquement au BIM, la transposition de la directive européenne 2014/24 sur la passation des marchés publics, prévoyant la possibilité d’exiger l’utilisation d’outils électroniques particuliers, pourrait constituer un premier pas. Le recours au BIM est cependant compatible avec le cadre juridique actuel (loi MOP relative à la maîtrise d’ouvrage public, Code des marchés publics ou Code de la propriété intellectuelle).

 

3. Qu’en est-il des questions juridiques ?

Il s’agit surtout de la question des droits de propriété intellectuelle : quand une multitude d'acteurs, impliqués à des niveaux différents, agissent en temps réel sur une même maquette numérique, qui peut prétendre détenir la propriété intellectuelle du projet résultant ? Il faut également définir la titularité des droits des parties prenantes relativement à l’accès, à l’utilisation et au stockage éventuel des données : simple consultation, possibilité de modifier, réutilisation dans un autre projet... Le BIM nécessite donc d’être encadré contractuellement, soit dans le contrat principal, soit dans un document contractuel propre. Une sorte de « protocole BIM », précisant le rôle et les obligations de chacune des parties.

 

4. Et la formation ?

Depuis 2011, l’enseignement du BIM est obligatoire dans le cursus du Bac STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable) dans la spécialité « Architecture et construction ». De plus en plus de lycées techniques et professionnels prônent l’utilisation de la maquette numérique dans la réalisation de projets. Cependant, les étudiants architectes ou ingénieurs ne bénéficient que de propositions pédagogiques marginales ou optionnelles, mais la situation évolue rapidement. Pour les professionnels en exercice, des formations courtes d’une part, des masters spécialisés aménagés en alternance de l’autre, constituent une offre de formation continue également en plein développement.

 

5. Faut-il avoir des craintes ?

Certaines critiques soulignent le risque d’effacement de l’architecte en tant qu'auteur principal d'un bâtiment. Le risque concerne la masse des réalisations courantes, et non quelques opérations d'exception, telles que le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton pour lequel la collaboration de Frank Gehry avec les ingénieurs n’a été possible que grâce au BIM. Le “starchitecte” a du reste créé sa société informatique, Gehry Technologies, et a utilisé dès les années 90 un logiciel de conception 3D conçu à l’origine pour l’aéronautique. La crainte porte sur le fait que les industriels n'accroissent leur emprise sur les concepteurs, en imposant leurs produits dans les bibliothèques d'objets tridimensionnels proposées par les différents logiciels. Ainsi, une société multinationale fabricant des huisseries par millions sera vraisemblablement mieux référencée qu’un artisan local. Il en va de même pour les processus de fabrication : le BIM est mieux adapté à la mise en œuvre de panneaux composites préfabriqués qu'à celle de murs en terre crue. Ici comme dans d’autres domaines, le passage au numérique entraîne paradoxalement plus de standardisation que de personnalisation.



 

Pour aller plus loin

• Sur le site de l’association Mediaconstruct, voir le chapitre francophone de BuildingSMART International. Mediaconstruct est en France le porteur du concept de la maquette numérique standardisée « Open ».

L’article de Valéry Didelon dans le n°13 de la revue d’architecture Criticat, évoquant les risques liés à la généralisation du BIM.

Article Bonnes pratiques en BIM : 34 initiatives récompensées par le ministère du Logement Le Moniteur, 

 

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