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L’économie collaborative : bulle ou transition économique ?

Rendue possible par le numérique, la mise en lien direct entre consommateurs transforme le rapport à la consommation et bouscule les modèles économiques traditionnels.

D’ici à 2025, le cabinet PWC prévoit une croissance de 63 % du marché de l’économie collaborative. De 15 milliards d’euros en 2014, il bondirait à 335 milliards d’euros dix ans plus tard. L’économie collaborative serait donc un mouvement de fond qui se structure et que tentent d’apprivoiser, aujourd’hui, les acteurs économiques traditionnels.

La France n’a pas raté le train

En France, la greffe prend bien. Certains y voient le prolongement d’une dimension sociale fortement ancrée dans le pays, la possibilité qu’elle offre de contourner un dispositif régalien complexe ou, plus prosaïquement, un moyen d’arrondir ses fins de mois à l’image des chauffeurs occasionnels d’Uber Pop qui défraient la chronique. Le pays compte de nombreuses start-ups prometteuses et, surtout, les Français, pour ceux qui en connaissent l’existence, y croient. Selon une étude réalisée par l’Ifop, s’ils sont seulement 25% à avoir entendu parler d’économie collaborative, ils sont plus de 7 sur 10 à s’en déclarer adeptes.

77 % ont déjà acheté ou loué des biens auprès de particuliers sur Internet, et 23 % acheté ou loué des services.

71 % ont déjà vendu ou loué des biens ou des services à d’autres particuliers sur Internet.

74 % considèrent que la consommation collaborative est réellement avantageuse en matière de pouvoir d’achat, qu’elle incarne l’image d’un système économique de proximité (72%).

44 % des Français considèrent que l’économie collaborative pourrait déboucher sur l’entrepreneuriat



Pour les curieux, découvrez l’enquête réalisée en ligne par Fing et OuiShare « Je partage ! Et vous ? » :

Source : Fing et Ouishare

Antidote à la crise, bulle internet ou véritable transition économique ?

L’économie collaborative ne laisse pas indifférent. Et les avis sont plutôt tranchés. Tour d’horizon des positions.

« Une mode, un épiphénomène »



­L’absence de réglementation empêchera l’économie collaborative de se développer à grande échelle. Les nombreux conflits entre acteurs traditionnels – taxi et hôtellerie aujourd’hui – et la jurisprudence témoignent de très fortes résistances et d’une volonté de protéger les professionnels.

­L’économie collaborative n’est pas compatible avec le système distributif qui domine dans la plupart des pays. Un non-paiement massif d’impôts et de charges sociales conduirait à la faillite des Etats et des modèles sociaux. L’économie collaborative est révélatrice de la dualité du consommateur à être à la fois en dehors et dans le système. Ce qui n’est pas viable à grande échelle. La sphère politique doit s’emparer de ce sujet pour répondre aux enjeux fiscaux ou assurantiels liés à cette économie. Or, nous en sommes très loin.

­ L’économie collaborative n’est ni solidaire, ni durable. Elle est une forme de néo-libéralisme exacerbée. Avec elle, le temps ne vous appartient plus. Chacun devient un homo economicus 24 h sur 24 occupé à gérer sa valeur et celle de ses biens contre 8 h par jour pour un salarié. Tout service, hier gratuit, devient payant : le voisin ne vous prête plus sa perceuse, il vous la loue. Enfin, elle crée une accélération du désir et une consommation répétitive de produits vites obsolètes aux yeux de l’utilisateur.

­L’économie collaborative est destructrice d’emplois et de valeurs. Bien que peu mesurable, la destruction d’emplois et de richesses est conséquente. Les acteurs traditionnels ne sont pas à armes égales pour lutter contre une concurrence déloyale.

­La part de l’économie collaborative est négligeable et le restera. La crise économique et la surmédiatisation de ces nouvelles tendances expliquent en grande partie son apparent succès. Notons que seuls 25% des Français en connaissent aujourd’hui l’existence. Pour certains comme Nicolas Colin, auteur de « L'âge de la multitude » et dirigeant d’un accélérateur de start-ups, le collaboratif ne serait qu'un énième avatar de l’économie numérique.

« Un modèle pérenne et structurant »

L’économie collaborative n’est qu’à ses débuts. Si elle se développe essentiellement dans le domaine de la consommation, elle irrigue progressivement d’autres secteurs. A l’image de l’entreprise. «La prochaine vague des plateformes de réservation et de partage en ligne concernera les entreprises», prédit la banque d’affaires américaine Piper Jaffray dans un rapport récent consacré au «business sharing». Après les bureaux, les espaces de stockage, elle pourra concerner les hommes,ou les brevets de biens physiques.

L’économie collaborative ne se limite pas à des nouveaux usages de consommation ; elle offre des accès alternatifs au financement. Près de 35 milliards d’euros ont été collectés en 2014 dans le monde par les sites de finance participative. Cette montée en puissance contraint les acteurs bancaires à se positionner. À l’instar d’Allianz France qui a lancé en avril 2015 un fonds d'investissement dédié à la finance participative.

Le modèle économique est viable et fait tache d’huile. Plusieurs acteurs de l’économie collaborative sont désormais des poids lourds comme Airbnb qui serait valorisé 2,5 milliards de dollars. Les acteurs traditionnels multiplient les initiatives pour prendre le train en marche. On peut citer SNCF qui a investi, en juin 2015, 4,5 millions d’euros dans le service de location de véhicules entre particuliers Ouicar, ou Boulanger, le géant de la distribution avec Lokéo, son service de location d'électroménager.

La confiance, « monnaie » de l’économie collaborative, est au rendez-vous. L’entrée des grands groupes d’assurance dans la sharing economy est clé. Car sans assurance, il n’y a pas de service possible à long terme. Alors que les assureurs regardaient les premières start-up comme des OVNI, ils sont aujourd’hui leurs partenaires. Et ils se sont structurés pour répondre à ce nouveau mode d’usage. Ouicar, le numéro deux de la location de véhicules entre particuliers, a par exemple signé un partenariat avec le groupe Generali et sa filiale L’Équité en avril 2015 pour assurer 15 000 véhicules.

L’économie collaborative est créatrice d’emploi, de valeur et de lien social. Traduction d’un autre rapport à la propriété, elle favorise une consommation plus responsable de moins en moins l’apanage des seuls bobos et autres hipsters. Elle est également source de vitalité locale avec la création de micro réseaux sociaux collaboratifs dont les citoyens sont les acteurs. À l’image de Mon p’ti voisinage, qui revendique plus de 4 000 réseaux locaux.

Pour en savoir plus :

­ « La vie share, Mode d'emploi de la consommation collaborative » d’Anne-Sophie Novel

Michel Bauwens- « Sauver le monde »

En savoir plus sur cet ouvrage

 Étude par PricewaterhouseCoopers

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