11
2029

Les entreprises à l’heure de la transformation digitale

La transformation numérique n’est pas une option pour les entreprises. Elle constitue une formidable opportunité de croissance et de réinvention. À condition de changer en profondeur.

La digitalisation est sur toutes les lèvres. Tout particulièrement sur celles des PDG du CAC 40. Il suffit de parcourir les road shows et autres investor days, ces RDV incontournables entre directions générales, analystes et journalistes financiers, pour le constater.

Le chemin initiatique, ou plutôt, le storytelling de ces ténors se ressemble : un voyage « déclic » dans la Silicon Valley, la création d’une application et/ou d’un réseau social d’entreprise entraînant la formalisation d’une stratégie digitale. Avec comme corollaire le lancement d’un fonds d’investissement orienté start-up digitale, la création d’une usine digitale pour concevoir des applications voire une stratégie d’open data

Pour piloter le tout, elles nomment un Chief Digital Officer, membre du Comité exécutif pour souligner l’importance stratégique du projet. Selon le cabinet Lecko, 40 % des sociétés du CAC 40 avaient un Chief Digital Officer fin 2014.

Une affaire de culture avant tout

Bien que les grandes entreprises françaises aient compris que leur avenir s’écrivait en numérique, elles sont davantage dans une stratégie de rattrapage que d’anticipation. Quant aux PME, l’attentisme est plutôt la règle. Pour toutes, l’erreur serait de croire que cette transformation se résume à la technologie. C’est bien davantage que cela. Elle touche les trois piliers d’une organisation :

•    l’expérience client ;

•    l’efficacité opérationnelle ;

•    le modèle économique.

Son succès dépend en grande partie de l’évolution de la culture de l’entreprise :

•    en commençant par les membres des comités exécutifs dont la « culture geek » est parfois en retard avec la maturité numérique moyenne des consommateurs ;

•    en levant les freins internes via la formation en ligne à l’image des COOC (Corporate Open Online Courses) proposé par Orange et sa plateforme Solerni.

Et les entreprises françaises dans tout cela ?

Les discours sont offensifs, le décalage avec la réalité demeure. Le cabinet Roland Berger a publié une étude en septembre 2014 sur la maturité numérique des entreprises françaises.

Trois enseignements :

1.    La majorité des entreprises se contentent d’un socle d’usages basiques et font preuve d’une position attentiste à l’égard du numérique :

-    30 % utilisent des données en ligne ;

-    15 % ont développé une application mobile ;

-    13 % ont développé des API (Application Programming Interface).

2.    Elles accusent du retard par rapport aux usages des consommateurs :

-    6 Français sur dix ont déjà acheté en ligne en 2013 ;

-    1 entreprise française sur 10 seulement a vendu en ligne.

3.    Leur transformation numérique est hétérogène :

-    les grandes entreprises font la course en tête et entraînent les autres ;

-    les différences de maturité numérique sont grandes d’un secteur à l’autre.

Un réservoir de croissance qui fait rêver

Selon ce même cabinet, le potentiel de croissance induit par le numérique est énorme. Deux chiffres à l’appui :

•    X 6

Les entreprises les plus matures dans leur transformation numérique ont eu une croissance 6 fois plus élevée que les entreprises les plus en retard (1) .

•    X 2

En accélérant leur transformation numérique, les entreprises françaises auraient la capacité de doubler leurs taux de croissance(2).





Elles ont pris le tournant du digital !



Focus sur deux grandes entreprises moins traditionnelles qu’on ne le croit.

SNCF – « Tout digital pour Tous »

C’est le nom de la stratégie numérique dévoilée en février 2015 lors d’une conférence de presse intitulée #DIGITALSNCF.

Déjà précurseur en la matière, SNCF accélère et décrète la mobilisation numérique générale. Au menu :

1.    Le haut débit mobile dans les trains.

2.    La gestion de données voyageurs avec Flux.SNCF.

3.    Partenariat et investissement dans la start-up Moovit, le « Waze des transports en commun ».

4.    L’ouverture industrielle des datas avec une tarification à deux niveaux.

5.    La création de Store.SNCF : une usine pour développer des applications.

6.    L’équipement des 80 000 agents présents sur le réseau en outils numériques.

Schneider Electric, 1re entreprise digitale du CAC 40 pour Les Échos en 2014

Depuis 10 ans, le groupe déploie une stratégie fondée sur la convergence du numérique et de l’énergie. Cette digitalisation impacte :

•    l’organisation et les modes travail avec une DSI agile, un réseau social interne pour faire émerger des communautés d’experts, la création, en 2014, d’une business unit dédiée aux services digitaux ;

•    les produits, des services et la distribution. Objectif : fournir aux prescripteurs et clients de systèmes intelligents et connectés et des solutions digitales pour, par exemple, optimiser les espaces de travail, les consommations d’énergies ou configurer des installations électriques en quelques clics.

                  Deux mots qui font trembler les plus grands



Ubérisation : en référence à la start-up Uber qui secoue l’univers régulé des taxis, le mot évoque l’irruption d’un acteur du numérique qui bouleverse un secteur entier en captant une grande part de la chaine de valeur. Autre exemple : Lending club, une plateforme de prêts entre particuliers qui sè me le trouble dans le secteur bancaire.



Désintermédiation : perte de contact direct avec son client. C’est la peur des entreprises comme, par exemple, pour l’hôtellerie avec l’essor d’acteurs comme Booking.com et Expedia qui cumulent 1,3 million de nuitées vendues par jour.



Pour en savoir plus :



(1) Roland Berger, « Du rattrapage à la transformation. L’aventure numérique, une chance pour la France ».

(2) « Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la France » – McKinsey France.

(3) « La transformation digitale en entreprise » – Étude TNS Sofres publiée le 29 janvier 2015.

crédit photo : @markus spiske / FlickR

Cet article a été consulté 2029 fois.

Développement économique