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Manager par les équilibres

L'être humain est un écosystème qui ne se réduit pas à une seule dimension. Une donnée dont les entreprises ne peuvent faire l’économie selon Jérôme Ballarin. Rencontre.

Président de 1762 Consultants et de l’Observatoire de l’équilibre des temps et de la parentalité en entreprise, Jérôme Ballarin est membre du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes et auteur de Manager par les équilibres.

 

Quelles sont les nouvelles attentes des collaborateurs en termes d’équilibre de vie ?

Les jeunes générations aspirent à disposer d’un bon équilibre de vie : finis le sacrifice de sa vie privée et le projet de vie balisé à vingt ans. C’est vrai pour la génération Y, née à la fin des années 70, c’est encore plus vrai pour la génération Z qui est en passe de rejoindre la vie professionnelle. Rester zen, voir ses amis, faire du sport et aller au cinéma… rien d’incompatible avec un réel engagement professionnel. Mais c’est surtout dans sa capacité à dire non que la génération Y a apporté une rupture par rapport à la génération qui l’a précédée. En effet, l’aspiration à l’équilibre de vie existe dans l’ensemble des générations présentes sur le marché du travail, y compris chez les quadras, quinquas ou sexagénaires.

Comment les entreprises répondent-elles à ces attentes ?

Les entreprises ne peuvent plus ignorer ces changements générationnels. D’ici dix ans, les générations Y et Z composeront 60 % de la population active des pays occidentaux. En outre, l’arrivée d’une nouvelle génération de dirigeants et de jeunes créateurs d’entreprise, pour qui le projet humain est indissociable du projet économique, contribue à faire avancer les choses.

Quelles sont les initiatives les plus efficaces pour améliorer le quotidien des salariés ?

L’exemplarité du top management est essentielle. Une entreprise ne peut par exemple pas exiger de ses cadres qu’ils soient attentifs à l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle de leurs collaborateurs, si ses dirigeants envoient eux-mêmes des e-mails le week-end à leurs n-1, ou qu’ils programment des réunions après 18h00. Tous les services du quotidien tels que service de conciergerie ou crèche sont importants, mais la vraie question consiste à faire prendre conscience au salarié qu’il est co-responsable de sa qualité de vie au travail. Car l’être humain est un écosystème : il trouve son équilibre dans une pluralité de sphères d’épanouissement, qu’elles soient professionnelle, artistique, familiale, sportive ou spirituelle.

Comment repenser l’organisation des espaces de travail pour favoriser le bien-être ?

Dans tous les cas, il faut commencer par évaluer la qualité des lieux de vie au travail : un audit préalable permet par exemple de constater que le taux d’occupation réel des postes
 de travail individuels avoisine en général les 40 %, alors qu’il y a une pénurie
 de salles de réunions. Certaines entreprises réduisent alors le nombre de mètres carrés par poste de travail pour développer l’offre interne d’espaces collaboratifs : salles de réunion, espaces de créativité ou lieux de convivialité. Il est également possible d’envisager des formes innovantes d’organisation spatiale, réfléchir à l’aménagement d’espaces mal exploités, tels que les halls d’accueil souvent vides, les jardins, les terrasses. Au-delà, l’entreprise peut réfléchir à utiliser des tiers-lieux : espaces de coworking, bureaux partagés avec d’autres entreprises et centres d’affaires, ou développer le télétravail.

Le télétravail constitue-t-il une voie de progrès ?

Pratiqué sur un ou deux jours par semaine, le télétravail est un outil d’aide à l’équilibre des temps de vie, en particulier pour des salariés ayant de longs trajets domicile-travail. Notre recommandation est de un ou deux jours par semaine pour ne pas désocialiser les collaborateurs. En pratique, l’entreprise peut également octroyer un stock de jours de télétravail sur un semestre ou une année, que le collaborateur positionne selon ses souhaits et en accord avec son manager. N’oublions pas non plus que le télétravail se fait sur la base du volontariat, résulte d’un accord entre le salarié et l’entreprise, et doit être contractualisé par un avenant au contrat de travail.

Jérôme Ballarin, Manager par les équilibres

Dans cet ouvrage, Jérôme Ballarin envisage le management par les équilibres comme une nouvelle voie de progrès pour l’entreprise et pour la société tout entière. Il y présente une trentaine de bonnes pratiques concrètes issues d’entreprises pionnières, et propose des clés opérationnelles aux managers d’équipe, présentées sous forme de fiche-action. Plus largement, il suggère des pistes utiles à tous : prise de recul, maintien de son équilibre de vie et gestion de son énergie sur la durée.

Éditions Vuibert, 2015

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Développement économique