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Paris, ville résiliente ?

Paris intègre le réseau mondial des villes résilientes initié par la Fondation Rockefeller. La résilience urbaine ? Un nouveau concept pour penser la ville durable.

Il y avait la ville intelligente, la ville verte et la ville post-carbone, la ville frugale ou encore la ville compacte... Dans le lexique de la durabilité urbaine, il faut ajouter la ville «résiliente».  Mot valise utilisé dans de multiples domaines, de la psychologie humaine à l’économie en passant par l’écologie, la physique ou l’urbanisme, la résilience désigne la capacité d’un organisme, d’une organisation ou d’un système à retrouver un équilibre après avoir subi une altération. Un équilibre qui n’est pas celui de l’état antérieur : la résilience induit l’idée d’adaptation aux situations imprévues, voire d’anticipation des chocs ou des crises, renforçant l’aptitude à surmonter les épreuves et à se développer sur le long terme.

Se préparer à une crise imprévisible mais probable

Qu’il s’agisse d’un être vivant ou d’une ville, tout écosystème complexe est confronté à des perturbations inattendues. Dans le cas des  agglomérations urbaines, les cataclysmes naturels, les pénuries de ressources, les explosions de violences sociales ou politiques sont autant de risques à prendre en compte. À cet égard, la catastrophe provoquée en 2005 à la Nouvelle-Orléans (États-Unis) par l’ouragan Katrina, avec ses conséquences en chaîne (inondations, ruptures de digues, problèmes liés à l’évacuation des populations, etc.) a favorisé une prise de conscience. Avec le changement climatique, toutes les villes de la planète sont ou vont être confrontées à des phénomènes extrêmes. Parallèlement, dans un monde de plus en plus urbanisé, les populations sont exposées à des crises sociales, économiques ou sanitaires qui les frappent avec une intensité inégalée. Les villes sont ainsi appelées à sortir des limites d’une gestion classique des risques, et à faire preuve de créativité pour se projeter sur le long terme dans un environnement changeant où la survenue d’une crise majeure est à la fois imprévisible et probable. Ce concept de résilience appliqué à l’urbanisme a une dimension opérationnelle : l’objectif est d’augmenter la viabilité et l’adaptabilité des systèmes techniques urbains, mais aussi de développer de nouveaux outils d’aide à la gouvernance.

Paris ville resilient

Transformer les risques en opportunités

Au cours de la dernière décennie les Nations-Unies, l’Europe, la Banque mondiale ont lancé des initiatives internationales en faveur des villes résilientes. Le programme 100 Villes Résilientes, lancé en 2013 par la Fondation Rockefeller, s’inscrit dans ce mouvement. Doté d’un fonds de 100 millions de dollars, il vise à créer en trois ans un réseau mondial de villes qui s’engagent à chercher et mettre en œuvre des solutions permettant d’absorber les chocs et les crises urbaines à venir, et même de les transformer en opportunités. Outre la participation à ce réseau de partage des connaissances et des meilleures pratiques, les métropoles sélectionnées bénéficient d’outils et de ressources mis à leur disposition par la fondation et ses partenaires publics ou privés, afin d’élaborer une stratégie globale de résilience urbaine couvrant tous les domaines clés : occupation des sols, gestion des ressources, finances, technologies, infrastructures, services d’intérêt général,  résilience  sociale, etc.

Les dimensions de la résilience urbaine

Le modèle de résilience urbaine (« City Resilience Framework »), proposé par la Fondation Rockefeller, fournit un outil pour appréhender la complexité des villes et les facteurs qui contribuent à leur résilience. Le CRF est construit autour des quatre dimensions essentielles de la résilience urbaine : santé et bien-être, économie et société, infrastructures et environnement, leadership et stratégie. Chaque dimension contient trois « moteurs » correspondant aux actions qu’il est possible de mettre en œuvre. Soit 12 pilotes qui, pris ensemble, représentent la résilience d’une ville à une large gamme de chocs et de contraintes.

graphic resilient city

Un Plan résilience pour Paris

À l’instar de Londres, Barcelone et Boston, Amman et Phnom Penh, Singapour ou encore Sydney, Paris a rejoint fin 2014 ce réseau de villes pilotes de la résilience urbaine, qui compte aujourd’hui 67 membres. À noter que 350 candidatures avaient été déposées dans plus de 90 pays. Paris va se nourrir des expériences capitalisées par ce réseau international et faire profiter ses partenaires de sa propre expertise. En effet, la capitale française s’intéresse depuis plusieurs années à la résilience. Si l’agglomération ne compte pas parmi les plus exposées aux catastrophes naturelles, des précédents (inondation de 1910, vague de chaleur de 2003...) montrent qu’elle n’est pas totalement à l’abri d’événements auxquels elle s’efforce de se préparer. Sur le pan socio-économique, les politiques en matière de logement et de transports responsables ont amorcé des rééquilibrages qui sont à renforcer. Vulnérables, Paris et le Grand Paris le sont encore du fait de leurs dépendances multiples (alimentaires, énergétiques, logistiques…), d’une gestion insuffisamment intégrée des infrastructures et des réseaux (eau, assainissement, énergies, déchets) et de fractures persistantes entre les territoires qui composent cet ensemble urbain. Une étude sur les éléments de vulnérabilité et de robustesse de l’agglomération a été réalisée récemment. La ville s’appuie notamment sur ses résultats pour élaborer la stratégie et le « Plan résilience » qu’elle prévoit d’adopter en septembre 2015.

Aller plus loin :

La Résilience urbaine : un nouveau concept opérationnel vecteur de durabilité urbaine ?

La Ville de demain : intelligente, résiliente, frugale, post-carbone ou autre.

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