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Quel bureau pour demain ?

« Demain, je ne viens pas au bureau. » Aujourd’hui, cette phrase n’étonne plus. Elle est en grande partie le fruit de la transformation digitale des entreprises.

Ni au bureau, ni à la maison

Que l’on soit indépendant ou salarié, on travaille souvent alternativement au bureau, chez soi, dans un espace “lounge” d’un aéroport ou d’un hôtel, au Starbucks du coin … Le nomadisme se diffuse de plus en plus dans l’univers du travail. Et il se structure. Avec les lieux de coworking – LeTank, la Cantine, La Ruche, Le Lawomatic, La Manufacture, ICI Montreuil… – qui poussent comme des champignons dans Paris et sa banlieue. Mais pas seulement. Ils essaiment partout en France. Aux antipodes des méga quartiers d’affaires comme la Défense, ils proposent des lieux atypiques, conviviaux, souvent au cœur de la ville. Avec une forte représentation du secteur de la communication et des indépendants. Les télécentres, quant à eux, plutôt situés en périphérie des villes, offrent une alternative au télétravail en plein essor mais source de désocialisation du travailleur. Tous ces endroits sont des tiers-lieux. Pour l’entreprise, ils revêtent un double enjeu : financier et managérial.

 

 

Un enjeu financier

Les entreprises ont cessé de regarder les nouveaux modes de travail avec un regard distant. Tout d’abord, parce que l’immobilier représente leur second poste de dépenses. Selon l’Association des directeurs et des responsables de services généraux, le coût annuel d’un poste de travail avoisine 16 000 euros le m². Certaines ont franchi le pas. Accenture, par exemple, favorise le télétravail de ses salariés de son siège. Résultat, un tiers de la surface a été libéré pour créer des espaces collaboratifs. Ses salariés n’ont plus qu’un poste mobile à l’intérieur de leur pôle d’activité (commerce, marketing…). C’est le coworking au sein même de l’entreprise. Mais le partage de bureaux est aussi interentreprises. Une étude, réalisée par Ipsos en 2014 pour « Bureaux à Partager », a ainsi révélé un réservoir de 6 millions de m² de bureaux à partager en Ile-de France car vacants ou peu occupés.

 

 

Un enjeu managérial

Le lieu et l’organisation du travail contribuent au bien-être, à la motivation des collaborateurs et à l’attractivité de l’entreprise. C’est surtout vrai pour la génération Y plus sensible à l’environnement de travail et moins en phase avec les modèles hiérarchiques classiques. Pour ces raisons, les entreprises commencent à regarder le bureau comme un outil de management. En 2013, la Chaire Immobilier et Développement durable de l’ESSEC a mené une étude instructive nommée « Mon bureau de demain » auprès de 2 000 étudiants de l’école et autant de futurs managers en puissance.

 

40 % estiment que l’espace de travail conditionne le choix de leur futur employeur ;

93 % ne veulent plus d’un bureau classique ;

73 % préfèrent les petits espaces collectifs qui répondent aux nouveaux modes de travail plus collaboratifs, plus connectés et plus mobiles.

 

 

Quand nomadisme rime avec numérique

La révolution qui s’opère dans l’organisation du travail est le fruit d’une autre révolution : digitale cette fois. Aujourd’hui, on parle moins de temps de travail – la journée continue de 8 heures est révolue – que d’organisation du temps de travail. Avec un mot clé : flexibilité. C’est parce que l’espace de travail se virtualise que tout est possible. On initie son travail au bureau, on le poursuit en voiture, puis à l’hôtel ou à la maison ou dans un tiers-lieu. On passe naturellement de son ordinateur, à sa tablette ou à son smartphone en conservant la même interface et en accédant à ses applications métiers. Résultat : les frontières entre vie professionnelle et vie privée s’effacent. Ce phénomène a un nom : le “blurring”, de l’anglais to “blur” (rendre flou). Il n’y a plus un bureau mais des bureaux.

 

 

Crédit photo : @Manuel Schmalstieg / Flickr

 

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