26/04/2018
Mis à jour le : 18/06/2018

Agriculture urbaine et réappropriation des espaces urbains

Par : Le Hub Smart City
Agriculture urbaine

Les villes attirent de plus en plus d’habitants chaque année. À Paris par exemple, ils sont 48 000 de plus tous les ans. Alors pour répondre aux besoins des populations, la tendance est en toute logique à la densification des zones urbaines. Mais celle-ci nous renvoie vers la problématique omniprésente de l’environnement et de la biodiversité. Comment concilier développement urbain et qualité de vie durable ? L’agriculture urbaine semble apporter une réponse adéquate, grâce à une réappropriation progressive des espaces urbains. 

UN ESSOR MOTIVÉ PAR DES PROBLÉMATIQUES ENVIRONNEMENTALES

L’agriculture urbaine, c’est la production alimentaire en milieu urbain. Bien souvent, elle est initiée par les habitants de la ville qui cultivent leurs aliments eux-mêmes sur leur toit  ou dans leur cour, et les consomment ensuite. Depuis quelques années, on assiste à un véritable boom de la pratique. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) estime d’ailleurs à 800 millions le nombre d’individus dans le monde qui y prennent part. Selon un sondage de Léger Marketing, 51% de la population montréalaise cultive déjà des aliments dans leurs cours ou leurs jardins. La situation est sensiblement la même dans les autres villes industrialisées du Canada, comme à Toronto ou Vancouver.

Mais la France n’est pas en reste.

À Marseille par exemple, on compterait plus d’un millier de parcelles déjà cultivées, sur 30 hectares. Et en Ile-de-France, 73 hectares de surface sont déjà cultivés par la population. Ainsi à Paris, il n’est plus si surprenant de trouver des jardins flottants sur les berges de la Seine, une bergerie en pleine banlieue, ou encore des jardins potagers sur toits permettant d’alimenter des restaurants. Si les citoyens prennent l’initiative de créer des espaces partagés de production alimentaire, c’est avant tout dans un but environnemental, et dans une dynamique de « manger mieux ». Ce boom va de pair avec une prise de conscience des habitants en matière environnementale, notamment due aux nombreuses politiques publiques dédiées au sujet.

Les démarches individuelles et collectives se multiplient donc partout. Mais une question subsiste. Amener l’agriculture en ville pour nourrir les populations : est-ce vraiment possible ? Et dans quelle mesure ?

                                                                                                                                 Ferme urbaine à Chicago

UNE RÉAPPROPRIATION URBAINE OUI, MAIS INTELLIGENTE

L’utopie d’une production agricole et urbaine vaste permettant de nourrir une ville entière reste malheureusement encore inconcevable à l’heure d’aujourd’hui. Le principal frein à une extension en profondeur de l’agriculture urbaine est le foncier. Autrement dit, il n’y a pas d’espaces suffisants au cœur de nos villes pour y installer des parcelles cultivables suffisamment grandes. Trouver des solutions viables au contexte urbain actuel est donc un enjeu de taille, sur lequel se penchent actuellement bon nombre d’urbanistes et d’architectes.

L’exploitation de l’existant

L’agriculture urbaine a vocation à se développer, bien au-delà de projets de bonne volonté à l’échelle d’un quartier. Les smart cities en ont bien conscience. Déjà, la Suisse veut développer des stratégies architecturales et d’aménagement du paysage permettant d’ancrer l’agriculture urbaine dans ses villes. C’est la Food Urbanism Initiative (FUI). En France, la Mairie de Paris estime à 315 ha la surface de toiture végétalisable, et souhaite inciter les promoteurs à végétaliser les toits-terrasse de plus de 100 m². Un objectif de plus de 100 hectares d’espaces urbains à végétaliser est même lancé pour 2020. La ville de Détroit aux Etats-Unis a, quant à elle, inauguré fin 2016 un quartier agricole à grande échelle. Ce qu’il contient ? Un hectare de jardins partagés, 200 arbres fruitiers et même un café communautaire pour rapprocher les populations autour de la cause environnementale.

De l’adaptation à la conception d’espaces urbains végétalisés

On l’a vu, les projets d’agriculture urbaine sur les surfaces disponibles actuellement en ville sont prometteurs. Malheureusement, ils ne peuvent actuellement constituer un mode de production viable à l’échelle d’une ville. Pourtant, le problème de la raréfaction des ressources terrestres reste bien présent. Biologistes, architectes, tous se sont penchés sur la question, et ils ont tranché. Pour eux, le futur de l’agriculture urbaine se veut vertical. Ce serait la seule solution viable permettant d’assurer un rendement à l’échelle d’une ville. Selon le microbiologiste Dickson Despommier, le rendement de tours verticales de 200m de haut pourrait même être 4 à 5 fois supérieur à celui de l’agriculture actuelle.

Le secret ? Le recours à l’agriculture hydroponique, qui permet aux cultures d’évoluer hors-sol sans terres, avec un minimum d’eau et des lumières LED.

De nombreux bâtiments ont déjà vu le jour à travers le monde :

  • Skygreens, à Singapour, l’une des métropoles les plus denses du monde. Cette ferme verticale est composée de 120 panneaux en aluminium de 9 mètres de haut (38 étages), sur 3.6 ha. Ici, un système rotatif de poulies hydrauliques permet aux bacs contenant les cultures de monter vers la lumière puis de redescendre puiser les nutriments nécessaires dans de l’eau et des substrats. À l’heure actuelle, la tour produit ½ tonne de légumes par jour.

 

  • Plantlab aux Pays-bas. Les cultures évoluent également sous des LEDs rouges et bleues. Ici, tout est calculé au millimètre près : qualité de l’air, exposition à la lumière, température… Leurs fermes ont également une consommation en eau réduite de plus de 90% par rapport aux cultures classiques : elles recyclent l’eau évaporée au fur et à mesure.

Les fermes verticales existantes ne sont actuellement pas rentables pour la plupart, du fait du prix des LEDs par exemple. Néanmoins, elles constituent sans aucun doute le futur de l’agriculture urbaine, et pourquoi pas d’ici quelques dizaines d’années, de toute forme d’agriculture.

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