09/04/2019
Mis à jour le : 09/04/2019

Flowers of Change : art global pour changement global

Par : Le Hub Smart City
Flowers of Change pour changer le monde !
Crédit photo : Pierre Estève

Et si l'art pouvait participer à nous changer, et ce faisant changer le monde ? C'est en tout cas le credo de l'artiste Pierre Estève avec son œuvre planétaire, participative et écoresponsable : Flowers of Change.

Pour ce projet labellisé COP21 et COP22, il a déjà collaboré avec des dizaines de milliers de citoyens du monde entier pour créer des installations monumentales à partir de bouteilles de plastique recyclées.

Patricia Ruscito, présidente d'Art Science 21, l'association qui accompagne Flowers of Change depuis sa création, nous parle de ce projet singulier.

Forêt de fleurs Flowers of Change
Crédit photo : Yann Estève

Hub Smart City : Pouvez-vous nous présenter le projet Flowers of Change ?

Patricia Ruscito : Flowers of Change est une œuvre planétaire, citoyenne, écoresponsable et participative destinée à faire prendre conscience à l’humanité de la nécessité d’éradiquer les déchets plastiques de la surface de la Terre et des océans.

À partir de bouteilles de plastique recyclées collectées par les participants, lors d'ateliers partagés avec ces milliers de « fleuristes du changement », nous créons des « floraisons » tout autour du monde, à l'échelle d'une ville ou d'un territoire. Ces floraisons sont les forêts éphémères de Flowers of Change, faites de tonnes de plastique, dans lesquelles les visiteurs sont invités à déambuler.

 

Hub Smart City : Peut-on parler d'une « oeuvre écologique » ?

Patricia Ruscito : La dimension écologique est immédiatement perçue par les visiteurs et les partenaires, mais la richesse de l'oeuvre de Pierre Estève réside dans sa poésie et la profondeur des questions sous-jacentes qu'elle soulève ; tout en proposant un objet artistique lisible et populaire, dans le sens noble du terme.

C'est une œuvre fédératrice « manifeste », un mouvement qui dépasse l'artiste. Plus que de longs discours, déambuler dans ces forêts est une véritable expérience sensorielle qui parle autant au corps qu'à l'esprit.

Je trouve que Flowers of Change est un projet « autorisant ». Il permet aux participants de laisser s'exprimer leur créativité lors de la fabrication des fleurs dans les ateliers, mais aussi d'échanger, à leur échelle et en fonction de leur expérience, sur les changements de notre époque.

Les participants affirment en outre leur citoyenneté en prenant part à un mouvement mondial possédant une dimension altruiste. C'est pour moi ce qui caractérise un projet d'utilité publique.

Et j'ajouterais que c'est une œuvre joyeuse, qui favorise les échanges humains. Quelles que soient nos origines ou notre parcours de vie, on peut participer au projet. Lors des ateliers se côtoient des gens qui ne se seraient peut-être jamais rencontrés autrement.

D'ailleurs, c'est certainement pour toutes ces raisons que Flowers of Change a été labellisée COP21 à Paris, COP22 au Maroc et Année Internationale de la Lumière 2015 par l'UNESCO.

Groupe d'enfants créateurs de fleurs en plastique
Crédit photo : Yann Estève

Hub Smart City : Concrètement, comment se déroule une exposition ?

Patricia Ruscito : C'est l'association Art Science 21 qui orchestre chaque évènement, que nous appelons floraison. Tout part en général de l'invitation d'une ville, d'un festival, d'un lieu culturel ou patrimonial. Avec le commanditaire, nous identifions les différentes structures locales qui vont relayer le projet auprès de la population.

Comme Flowers of Change est transgénérationnel et transculturel, il s'agit d'écoles, de centres de loisirs, de collèges et lycées, d'universités, d'écoles post-bac, d'écoles d'art, de conservatoires.

Nous travaillons aussi régulièrement avec les maisons de retraite, les hôpitaux, des associations en lien avec l'écologie, l'économie sociale et solidaire (ESS) ou l’accueil des migrants et des allophones.

Les services de la ville et leurs agents participent aussi. Le plus souvent, il s'agit des services des parcs et jardins, du développement durable, de l'agenda 21, de la culture, de l'éducation et de la jeunesse.

À partir de ces ressources humaines, nous organisons des ateliers de création dans lesquels Pierre Estève et ses assistants vont donner aux apprentis fleuristes les bases de la fabrication des fleurs et former des formateurs pour prendre le relai. Libre à eux ensuite de laisser s'exprimer leur créativité dans d'autres ateliers organisés par chaque structure, à son rythme.

Au préalable, les participants ont collecté des dizaines de milliers de bouteilles qui seront recyclées, ou plutôt upcyclées dans l'oeuvre. Ils participent enfin à la plantation de ces fleurs pour l'exposition, le plus souvent dans un parc, un jardin ou un espace public connu de la population locale.

À l'issue de l'exposition, chaque participant récupère ses fleurs, grâce à un petit code apposé sur ces dernières lors des ateliers. Pour l'instant, la fabrication des fleurs rassemble, sur une durée allant de quelques semaines à plusieurs mois, de 500 à 2 000 participants co-créateurs.

Chacun fabrique en moyenne deux à cinq fleurs, mais certains passionnés sont allés jusqu'à plus de 50 ! Pierre nous pousse à rajouter un zéro à ces chiffres (rires), ce qui sera tout à fait possible dans de grandes villes, compte tenu de l’accueil du projet et de l'expérience acquise lors des précédentes expositions.

Zoom sur une fleur en plastique
Crédit photo : Pierre Estève

Hub Smart City : La dimension écologique est de toute évidence une des composantes de Flowers of Change. Pouvez-vous nous parler des autres aspects de l'oeuvre auxquelles vous faisiez allusion ?

Patricia Ruscito : Pierre Estève a imaginé ces fleurs du changement comme des marqueurs de notre époque : l'anthropocène. En effet, ces fleurs mutantes sont faites de plastique, un matériau qui a envahi la planète et intoxiqué le vivant de manière très préoccupante.

Naturellement, cette dimension écologique, ainsi que les notions d'économie circulaire ou de cradle to cradle (du berceau au berceau), suscitent des échanges avec les participants et leurs encadrants.

Dans certaines expositions, les fleurs peuvent être numériques, sonores et lumineuses. Équipées de capteurs elles interagissent avec les spectateurs et forment entre elles un vaste réseau très organique, similaire à un écosystème comme un banc de poissons ou une nuée d'oiseaux.

Elles questionnent donc l'intelligence collective, les nouvelles technologies, l'internet des objets, l'intelligence artificielle, la smart city et toutes les disruptions scientifiques et humaines aujourd'hui à l'oeuvre dans nos sociétés.

Certains enseignants, s'appuyant sur l'enthousiasme des participants, font ainsi le lien entre leur programme scolaire et les thématiques de l'oeuvre. Par exemple, les questions sociétales liées aux changements climatiques, aux migrations, à la pression démographique.

Il y a aussi des ateliers de DIY, de programmation ou d'électronique. Nous avons même participé à des débats sur la bio-ingénierie et la bio-inspiration.

Pierre Estève entouré de créateurs Flowers of Change
Crédit photo : Pierre Estève

Hub Smart City : Votre association, Art Science 21, s'implique-t-elle aussi sur ces dimensions pédagogiques ?

Patricia Ruscito : Le partage des savoirs et l'économie de la connaissance sont au centre des valeurs d'Art Science 21. Nous savons que notre époque constitue un point charnière dans l'histoire de l'humanité. Et pour nous qui mettons l'humain au cœur de nos actions, nous avons immédiatement réalisé le potentiel d'une œuvre comme Flowers of Change.

Depuis un peu plus d'un an, notre association a donc mis en place, à la demande de divers partenaires, des fiches et des kits pédagogiques, complétés par des temps de rencontre et d'expérimentation autour des thématiques portées par l'oeuvre.

À commencer par les domaines artistiques, arts plastiques et musique en tête, mais aussi autour de sujets très pratiques comme l'éducation et la formation aux métiers de demain, puisque l'on sait que d'ici 10 ans, 40% des métiers existants auront disparu.

À mon plus grand plaisir, sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur, l'éducation et la formation des jeunes, et plus particulièrement celle des femmes et des jeunes filles, nous avons obtenu de très beaux résultats.

À travers la thématique « Bienvenue en 2030 » associée au projet, nous avons constaté qu'elles s'intéressent parfois plus que les garçons aux métiers scientifiques et à ceux liés au développement durable ou l'agriculture urbaine.

D'ailleurs, plusieurs d'entre elles se sont inscrites à des MOOCs sur ces sujets et se sont mises à la programmation. Certaines se projettent même dans une trajectoire d'ingénieure. En plus du plaisir de la création, de nombreuses vocations éclosent donc au contact des fleurs du changement...

 

Hub Smart City : Où peut-on se promener dans une forêt de Flowers of Change ?

Patricia Ruscito : La prochaine exposition en Ile-de-France se tiendra à Orly du 8 au 10 juin 2018 dans le parc G. Méliès. Depuis janvier, les Orlysiennes et Orlysiens, très créatifs, sont à pied d'oeuvre et extrêmement motivés ! Tout le monde y est cordialement invité !

En attendant, il est possible d'aller voir des films et photos des précédentes floraisons sur les sites de Flowers of Change et d'Art Science 21. Ceux qui souhaiteraient organiser un Flowers of Change dans leur ville y trouveront de quoi nous contacter. En nous suivant sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook, on peut aussi accéder à des tutoriels pour apprendre à créer sa propre fleur.

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