30/01/2019
Mis à jour le : 30/01/2019

Merci Raymond : rapprocher nature et citadins via l'agriculture urbaine

Par : Le Hub Smart City
Métro parisien passant à côté d'un potager d'agriculture humaine

Nous avons rencontré Hugo Meunier, fondateur de Merci Raymond. Lauréate au concours Réinventer Paris II, cette startup développe des projets de végétalisation et d'agriculture urbaine. Le nom de l'entreprise rend hommage à Raymond, grand-père d'Hugo, agriculteur dans le Sud-Ouest de la France.

La création de Merci Raymond repose sur un double constat simple : les villes manquent d’espaces verts et les citadins cherchent à se rapprocher de la nature.
Hugo Meunier, fondateur de Merci Raymond

La genèse du projet Merci Raymond

Bonjour Hugo, pourriez-vous nous expliquer en quelques mots la genèse du projet « Merci Raymond » ?

La création de Merci Raymond, en 2015, repose sur un double constat simple : les villes manquent d’espaces verts et les citadins cherchent à se rapprocher de la nature.

L’objectif est donc de redonner place au végétal dans le milieu urbain en France en rendant les villes plus vertes et plus gourmandes et en démocratisant le jardinage.

Dans cette démarche, Merci Raymond conduit des actions de végétalisation à de multiples échelles dans différents lieux tant pour leur redonner du vert que pour y créer des espaces productifs dédiés à l’agriculture urbaine.

Ainsi, l’offre de Merci Raymond se décompose en 3 typologies d’actions.

D’une part, le développement d’une végétalisation urbaine durable pour réinventer le vert dans les villes (végétalisation d’espaces publics, rooftops, terrasses, magasins et espaces commerciaux, bureaux, etc.).

D’autre part, le développement de l’agriculture urbaine, en créant des lieux de production permettant de favoriser une consommation de produits en circuit court.

Nous menons également des ateliers pédagogiques pour que chacun devienne acteur du green à son niveau.

La mise en place de ces ateliers et formations au jardinage permet de stimuler la main verte des citadins, et ainsi de favoriser la création de lien social. L’objectif est d’améliorer le cadre de vie des habitants des quartiers et donc leur bien-être.

 

Favoriser bien-être et lien social grâce à la végétalisation urbaine

Pouvez-vous nous présenter quelques projets emblématiques que vous avez réalisés récemment ?

Nous avons investi depuis 2017 le quartier de la Grande Borne, à Grigny dans l’Essonne (91), première cité d’habitat social.

Nous avons fait le pari de mettre la nature au premier plan afin d’augmenter le bien-être des habitants. Cela passe notamment par la création de lien social entre les individus à travers une action positive : le jardinage.

Pour ce faire, nous travaillons en collaboration avec Les Résidences Yvelines Essonne et nous mettons en place des jardinières, fresques végétales. Nous organisons aussi des ateliers pédagogiques et ludiques (terrariums, sphères végétales, kokédamas, bombes de graines, etc.).

Aussi, nous voulons sensibiliser la nouvelle génération aux bienfaits de la nature et créer par la même occasion des vocations de jardiniers urbains. Nous animons ainsi des ateliers créatifs et pédagogiques sensibilisant à la saisonnalité des fruits et légumes au sein de l’école du quartier.

Récemment, nous avons également été l’un des lauréats de l’appel à projets urbains innovants « Réinventer Paris » pour la transformation du site de La Marseillaise (dans le 19ème arrondissement) en une Cité Universelle dédiée aux personnes en situation de handicap.

Dans ce cadre, nous avons imaginé le premier projet dédié à l’agrothérapie (une nouvelle méthode de soins consistant à traiter les patients à travers la nature et les plantes) et destiné aux personnes souffrant de troubles physiques ou psychologiques.

Ce parcours agrothérapique verra ainsi le jour au rez-de-chaussée de la Cité avec pour objectif – au-delà des bienfaits apportés par la présence de la nature en milieu urbain (amélioration de la qualité de l’air, réduction du ruissellement des eaux de pluie, diminution des îlots de chaleur, etc.) – de favoriser le bien-être des usagers.

Végétalisation de toiture par Merci Raymond

Merci Raymond investira également le toit de cette future Cité Universelle pour y installer et entretenir un potager vertical connecté composé de différentes plantes aux vertus médicinales. 17 parois végétales serviront ainsi de support à la production de 5100 barquettes de fleurs comestibles, 500 kg d’herbes aromatiques et 500 kg de petits fruits par an. La production sera destinée à l’approvisionnement du bar de l’hôtel et du restaurant de la Cité.

Une série de plantes ornementales et dépolluantes y sera également installée afin de permettre aux plantes médicinales voisines de pousser dans un environnement sain. Au centre de cet espace, un « Jardin des sens » (sorte de labyrinthe végétal sensoriel) permettra aux usagers du lieu – notamment aux sportifs paralympiques au moment des JO 2024 – de déambuler entre différents végétaux favorisant l’usage de leurs cinq sens.

Ce projet s’inscrit dans la dynamique poursuivie par la Ville de Paris, qui souhaite végétaliser 100 hectares d’ici 2020, afin de promouvoir et préserver la biodiversité.

 

L'équipe de Merci Raymond en train d'aménager un toit végétalisé

Agriculture urbaine en sous-sol

Vous avez également mis en place un projet d’agriculture en sous-sol. Quelles sont les contraintes à prendre en compte pour un projet comme celui-ci ?

En effet, nous travaillons actuellement à la mise en place d’une ferme aquaponique dans le sous-sol d’un magasin Carrefour, jusque-là inexploité. Plusieurs méthodes permettent de développer l’agriculture urbaine en sous-sol, et par la même occasion la consommation en circuits courts de produits ultra-frais.

Les techniques comme l’aquaponie, culture de végétaux en symbiose avec des poissons, ou encore l’hydroponie, culture hors-sol via un substrat inerte, offrent la possibilité de produire micro-pousses et légumes dans des endroits clos.

De nombreuses contraintes sont cependant à prendre en compte. À défaut de lumière naturelle, nous avons dû ajouter à l’espace des sources de la lumière artificielle pour permettre aux végétaux de se développer.

Par ailleurs, nous suivons l’évolution du vivant grâce à des capteurs connectés permettant d’optimiser le taux d'humidité pour leur croissance. Cette méthode ne permet de pas de produire tous les types de légumes. Nous nous concentrons ainsi essentiellement sur des petits fruits, salades et herbes aromatiques.

 

Quels types d’agriculture urbaine ?

Il existe aujourd’hui plusieurs modes de production dans l’agriculture urbaine : aquaponie, aéroponie, etc. Avez-vous une préférence parmi les différents modes de culture existants ?

Au-delà de techniques telles que l’aquaponie, de nombreuses innovations en termes de productions maraîchères permettent la mise ne place de potagers dans différents endroits, souvent inoccupés.

Nous avons installé plusieurs sites d’agriculture urbaine avec des panneaux verticaux sur les toits, qui permettent, au-delà du gain de place lié à la verticalité, de consommer le strict minimum des ressources naturelles nécessaires au bon fonctionnement du potager grâce à un système intelligent. Ce type de construction permet une production locale d’herbes aromatiques et de petits fruits et légumes.

Nous travaillons également le développement de l’endive, produit sur lequel il existe un vrai modèle productif, économiquement rentable. Notre espace pilote, situé dans le sud de la France à proximité de Montauban, est à décliner en ville pour répondre aux contraintes urbaines, notamment à la vue de la quantité importante d’espaces souterrains vides à ce jour.

Projet de végétalisation de toit

Quels défis pour les exploitants en agriculture urbaine ?

L’agriculture urbaine est en plein essor depuis quelques années. Quels sont selon vous les principaux défis à venir des exploitants comme Merci Raymond ?

D’ici 2030, 5 à 10% des produits consommés pourront être issus de l’agriculture urbaine, contre 1 à 2% aujourd’hui. Pour en arriver là, de nombreux efforts – notamment en termes de pédagogie – sont à fournir de la part des autorités et des différents acteurs du marché.

Si de nombreuses villes étaient auparavant entourées de zones maraîchères, la politique du logement a fait naître un grand nombre de frais liés au développement de l’agriculture urbaine et l’accès au foncier par des porteurs de projets est très difficile, encore aujourd’hui.

Les principaux défis des exploitants de sites en agriculture urbaine vont donc être multiples. Il va d’abord falloir affiner le modèle économique sur certaines productions pour assurer des revenus suffisants aux micro maraîchers urbains et 3.0.

Ensuite, la productivité par espace doit encore augmenter, et pour cela, la recherche et développement doit être au cœur des problématiques des agriculteurs urbains.

Enfin, il faut également penser et mettre en place un moyen de distribution disruptif, capable de soutenir les exploitants et permettant une vente en circuit dit « ultra-court ».

Chez Merci Raymond, nous sommes convaincus que la valeur des récoltes issues de l'agriculture urbaine se retrouve dans l’acte de consommation et l'expérience culinaire. Le fait de récolter son légume puis de pouvoir le manger à proximité est un moyen innovant pour se démarquer des produits qui peuvent provenir de milliers de kilomètres.

Aussi, pour répondre efficacement et de manière responsable aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, le soutien des pouvoirs publics doit s’opérer à grande échelle. La Mairie de Paris est en avance sur le sujet mais il faut continuer à valoriser les producteurs et à sensibiliser les consommateurs.

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