29/03/2019
Mis à jour le : 01/04/2019

Les nouvelles frontières du travail à l'ère du numérique

Par : Le Hub Smart City
Patrice Flichy lors de la Maddy Keynote 2019

Patrice Flichy est monté sur le Visionary Stage de la Maddy Keynote 2019 pour nous livrer son analyse des évolutions des modes de travail à l'ère du numérique.

Professeur de sociologie à l'université de Paris Est-Marne-la-Vallée, Patrice Flichy est auteur de l’ouvrage Les nouvelles frontières du travail à l'ère numérique, paru en 2017.

Il y étudie les façons dont les outils numériques remodèlent le travail à notre époque, à commencer par l’essor des travailleurs en freelance. Leur nombre a plus que doublé entre 2007 et 2017. Ils sont désormais plus de 830 000 en France.

Selon une enquête réalisée par McKinsey, 13 millions de Français obtiennent des revenus d'une activité indépendante par choix.

Pendant la keynote, Patrice Flichy a partagé ses conclusions sur les modifications du travail et du salariat. Il identifie notamment un phénomène qu’il nomme le « travail ouvert ».

 

Le travail ouvert : entre loisir et profession

Autrefois, il y avait une coupure complète entre le monde des loisirs et celui du travail. Les loisirs étaient à peu près le seul endroit où l’on pouvait se réaliser, tandis que le travail était le plus souvent considéré comme aliénant.

Aujourd’hui, l’idée de travail ouvert, c’est le continuum entre activité réalisée pour soi et activité réalisée de façon professionnelle.

Cette continuité entre travail et loisir est rendue possible par la technologie. Patrice Flichy donne l'exemple simple de la conduite automobile qui peut se décliner dans différents registres :

  • Le don : conduire un ami ou un membre de sa famille à la gare

  • Le partage du coût : faire du covoiturage

  • L’activité rémunérée : conduire un taxi ou VTC

On appelle cela du travail complet : on met des compétences héritées ou acquises à profit pour les transformer en activité rémunérée.

Ces compétences peuvent être ordinaires ─ conduire, faire la cuisine ─ ou spécifiques, et notamment acquises grâce au numérique. On peut apprendre à coder sur YouTube par exemple.

 

Une envie d'autonomie

On observe une forte envie de travailler différemment, qui se manifeste par la volonté d'autonomie. Et c’est aux travailleurs eux-mêmes de conquérir cette autonomie !

La plupart d’entre eux estiment d’ailleurs que la hiérarchie est inutile. Beaucoup de salariés veulent changer de travail ou créer leur entreprise. Les jeunes pensent que leur carrière se réalisera en bonne partie dans le registre de l'indépendance.

D'après une enquête menée par la CFDT, les freelance sont plus autonomes et se sentent plus heureux au travail que les salariés.

De nouveaux modes d'engagement dans le « faire » émergent :

  • Un travail complet

  • Le plaisir de faire

  • Des collaborations librement organisées

  • Un modèle ouvert pour une production associant marchand et non marchand

Cette envie de travailler comme on le veut sans séparer travail et loisirs n’est pas nouvelle puisqu’elle remonte au XIXe siècle. Des hippies californiens des années 60 aux hackers actuels, ces « utopies du faire » engendrent une réelle production de biens et services.

Mais avec la digitalisation des modes de vie, cette tendance devrait s’intensifier dans les années à venir, les « slasheurs » devenant toujours plus nombreux.

Patrice Flichy parle « d’itinéraires du travail ouvert » pour désigner les différentes façons de créer une continuité entre travail et loisir. Il distingue quatre types d’itinéraires :

  • Vivre de sa passion : dessiner pour soi et ses clients

  • Changer sa vie en professionnalisant ses passions : de contrôleur de gestion à dessinateur de BD

  • Avoir une double vie : assistante médicale de jour et créatrice de bijoux vendus sur le web le soir et le weekend

  • Avoir une deuxième vie d'appoint : louer un bien immobilier sur Airbnb

 

Ambivalence du travail ouvert

Les plateformes numériques marchandes telles que AirBnb, Uber ou Etsy, représentent un chemin de traverse pour des outsiders qui n'appartenaient pas aux professions traditionnelles. Mais elles sont à double tranchant.

Si elles permettent l’autonomisation et la démocratisation de l’échange, leurs algorithmes attribuent les clients et fixent la rémunération au risque de rendre dépendants les indépendants, surtout les moins bien lotis.

Car pour les classes populaires et les chômeurs, le travail ouvert est souvent un gagne-pain faute de mieux. Pour pallier ces effets vicieux, il est nécessaire pour eux de travailler sur plusieurs plateformes et se constituer leur propre clientèle.

Patrice Flichy conclut en soulignant que le numérique a constamment deux faces. D'une part, il offre l'opportunité de gagner en autonomie et de libérer le travail. De l’autre, c'est un dispositif qui implique des outils d'oppression fondamentaux comme le Big Data, la géolocalisation, le contrôle ou les algorithmes.

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