11/01/2016
Mis à jour le : 08/06/2018

Organisation : où va l’entreprise ? Où va le travail ?

Par : Le Hub Smart City
hub smart city Icade travail
Quel est le futur du travail et de l’entreprise, à l’horizon des robots autonomes et de l’intelligence artificielle ? Troisième et dernier volet de notre entretien avec Yves Caseau.

Cet article est le 3e épisode d’une plongée au cœur de la transformation opérée par l’un des premiers groupes d’assurance et de gestion d’actifs au monde : Axa. Par-delà les signes numériques de cette transformation, Yves Caseau, Group Head of Digital d’Axa, nous éclaire sur les méthodes d’innovations et les perspectives d’organisation du travail et de l’entreprise qu’elle ouvre.

Autres épisodes :

Axa : bienvenue dans l’ère du “test and learn”

Innovation : le nouveau discours de la méthode

Conférence donnée récemment par Yves Caseau, qui approfondit plusieurs thèmes évoqués dans notre entretien.

Le Hub : Qu’est-ce qui précipitera, selon vous, la fin des méthodes d’organisation du travail du XXe siècle, le taylorisme en tête ?

Yves Caseau : Leur piètre efficacité dans des secteurs soumis à la compétition mondiale. Pour fabriquer une box, une application mobile, un comparateur de prix, il y a de bonnes et de moins bonnes façons de travailler. Et les méthodes du XXe siècle font clairement partie de ces dernières. Ma conviction est qu’elles disparaîtront assez vite, de façon darwinienne. Je n’ai aucun doute à ce sujet, que j’ai largement développé dans mon blog. D’ici dix ans, aucune entreprise ne pourra prétendre au leadership si elle n’a pas transformé sa façon d’agir. Bien sûr, d’ici là, des modes de pilotage assez classiques peuvent coexister avec des approches non taylorisées – c’est le cas aujourd’hui chez Axa, par exemple.

Quand on se place dans un horizon un petit peu plus lointain, l’automatisation, la robotisation, l’irruption de l’intelligence artificielle, vont modifier la façon dont se distribuent les tâches au sein de l’entreprise. Deux pôles vont se renforcer : les équipes qui travaillent sur les plateformes que font émerger le progrès technologique, devront être gérées en mode 3.0, “libéré” ; quant aux acteurs qui créent de la valeur au-dessus de ces plateformes, il faut les appréhender comme des micro-entrepreneurs plus que comme des salariés ”classiques“. Pour reprendre l’idée de Bernard Stiegler, on aura moins d’emploi mais plus de travail !

Le Hub : L’entreprise “libérée” ou 3.0 renvoie à la fois à des valeurs humanistes et à une notion d’efficacité…

Y. C. : Cela se rejoint. Il y a deux façons d’aborder le concept d’entreprise “libérée” : l’une passe par la motivation, l’autre par la complexité (et la façon de la dénouer). La première consiste à dire : une des plaies des entreprises modernes, c’est la démotivation. Pour que les collaborateurs se montrent plus performants, il faut les laisser se remotiver, comme l’explique bien Daniel Pink. Et cela passe par quelques traits clés de l’entreprise libérée que sont l’autonomie, l’équipe, le sens, etc.

L’autre approche consiste à dire : ce qu’on fabrique, dans le cas d’une application mobile par exemple, c’est un objet extrêmement complexe pour lequel il faut réunir des talents très différents. Un des déclics de ma vie a été de comprendre que l’orchestration de ces talents se révèle plus ardue que la fabrication de l’application elle-même. Dans notre monde numérique, il est plus facile de développer un logiciel que de décrire ses spécifications. Vouloir tout spécifier reste possible mais très difficile. Il faut lâcher le contrôle… Sinon, l’objet numérique décrit sera beaucoup moins abouti qu’un objet sans spécifications fabriqué de façon incrémentale – on revient au Lean Startup (voir épisode 2). Et pour créer l’alchimie, le lieu qui permet à un designer, à un marketeur et à un développeur de progresser ensemble de manière incrémentale, il faut libérer l’entreprise ! C’est-à-dire former de petites équipes, distribuer le contrôle, etc. C’est aussi la seule façon de s’adapter à un environnement aussi changeant que le nôtre.

Zoom : Vers des communautés de travail inspirées

 

Livre caveau

Un des livres les plus aboutis sur la notion d’entreprise 3.0 selon Yves Caseau. Lire la présentation ici.

Revenons au travail lui-même et à sa “nouvelle ère”, décrite par un article de McKinsey qui inspire votre réflexion…

Y. C. : Comme je l’ai écrit, leur approche est de décomposer les emplois, et les activités, en trois catégories : production, transaction et interactions. Leur prévision est que le secteur de la production va être progressivement conquis par les robots, celui des transactions par les serveurs intelligents, et que les emplois vont se concentrer sur les interactions. L’article est très intéressant car il montre que cette transformation est déjà à l’œuvre.

Le troisième secteur va s’étendre, avec des métiers de l’interaction qui vont changer. Ceux d’aujourd’hui sont à réinventer grâce aux possibilités de l’innovation technologique, ceux d’hier vont probablement réapparaitre sous d’autres formes, et le monde numérique de 2030 va ouvrir des champs complètement nouveaux d’interaction. Je ne m’attends pas non plus à une “révolution” : Santé, bien-être, éducation vont continuer à employer de plus en plus de personnes, même si chacun de ces métiers va s’appuyer sur des plateformes, contrôlées par des géants, liées à l’explosion des technologies. On continuera à faire des cours particuliers ou des massages à domicile en 2030, mais les MOOC (formations en ligne ouvertes à tous) ou les nanoparticules auront transformé ces services.

C’est un sujet sur lequel les politiques ont beaucoup à faire, notamment en matière d’éducation. On n’efface pas facilement deux siècles de formatage des esprits à la supériorité de la conception sur l’action.

Le Futur du travail - l'Entreprise 3.0 est-elle soluble dans la technologie ?

•Nous allons voir se consolider un réseau d’entreprises multi-échelle avec plus de grandes entreprises internationales (concentration) et plus de petites (qui exploiteront mieux le potentiel de diversification et d’interaction) – L’entreprise 3.0 n’est pas soluble dans la technologie.

•L’entreprise 2030 est une entreprise en réseau ouvert – réseau d’équipes internes/ externes – qui exploitent les possibilités sans cesse croissante d’efficacité et de collaboration de la technologie mais qui s’appuie sur les principes de l’entreprise 3.0 (réseaux de petites équipes autonomes travaillant de façon synchrone autour d’une vision commune), parce que la complexité va continuer à augmenter.

•La décroissance rapide des emplois dans la production va conduire à une augmentation des services à la personne, en s’appuyant sur des plateformes technologiques. Le passage de l’un à l’autre est forcément un bouleversement culturel et sociétal, avec une période de transition dont la pénibilité sera proportionnelle à la rigidité des choix politiques des pays.

Conclusion d’un billet publié par Yves Caseau en novembre 2014, à lire ici. À noter : ce bIllet est le point de départ d’une conférence donnée par l’auteur en octobre 2015.

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